Partagez sur les réseaux sociaux
Pourquoi comprendre, retenir et appliquer un conseil médical ne sont pas la même chose — et comment les pharmacies peuvent mieux accompagner les patients.
Une personne vient chercher un nouveau médicament. Le pharmacien explique quand le prendre, ce qu’il faut surveiller et quoi faire en cas de difficulté. « C’est clair ? » — « Oui, merci. » Le lendemain, la personne hésite pourtant devant la boîte. Avait-elle réellement compris, ou simplement voulu terminer la conversation ? Au Québec, l’Ordre des pharmaciens rappelle que l’objectif d’un conseil est d’être compris, pas seulement transmis [1]. La recherche va plus loin : comprendre, retenir et appliquer une information sont trois résultats différents. Comment aider les patients sans leur faire passer un examen ?
Pourquoi un « oui, j’ai compris » ne suffit-il pas ?
Répondre oui peut vouloir dire plusieurs choses : la consigne semblait claire, le patient ne souhaite pas paraître ignorant ou il ne sait pas encore quelle question poser. La difficulté ne se résume ni à l’âge ni au niveau de scolarité. Les mots techniques, le stress, le nombre de médicaments ou le moment de la journée peuvent compliquer une explication.
L’Agence américaine pour la recherche et la qualité des soins (AHRQ) déconseille de s’en tenir à « Avez-vous compris ? ». Elle recommande plutôt la reformulation, appelée teach-back : demander à la personne d’expliquer avec ses mots ce qu’elle fera à la maison [2]. L’objectif n’est pas de mesurer ses connaissances, mais de vérifier si notre explication a fonctionné.
Cette logique est déjà présente dans les standards québécois : l’Ordre des pharmaciens préconise des questions ouvertes, l’écoute active et une vérification de la compréhension [1]. Un exemple simple consiste à demander : « Pour être certain d’avoir été clair, comment allez-vous prendre ce médicament demain ? » Si un point demeure flou, le professionnel l’explique autrement.
La première différence est donc fondamentale : entendre une consigne n’équivaut pas nécessairement à pouvoir l’utiliser. Et un patient peut être attentif, de bonne foi et tout de même repartir avec un doute.
Figure 1 — Trois étapes distinctes : entendre, comprendre, appliquer

Schéma éditorial explicatif, sans pourcentages ni relation causale mesurée.
Si la personne répond « oui » pour nous rassurer, comment pouvons-nous vérifier ce que nous avons réellement réussi à expliquer ?
Ce que la science démontre — et ce qu’elle ne garantit pas
Une démarche d’amélioration de la qualité, publiée en 2025 et réalisée auprès de 50 patients quittant une unité de cardiologie d’un hôpital de New York, illustre le potentiel de la reformulation [3]. Avant l’intervention, 54 % connaissaient le rôle du nouveau médicament et 26 % les effets indésirables possibles. Après un enseignement adapté et une reformulation, 92 % pouvaient expliquer correctement les deux éléments. Deux à quatre semaines plus tard, 74 % avaient conservé cette information.
Les indicateurs ne sont pas strictement identiques : les deux premiers décrivent des connaissances séparées au départ, le troisième évalue deux informations ensemble et le dernier leur rétention. Il s’agit d’un petit projet hospitalier avant/après, sans démonstration que la même amélioration surviendrait dans toutes les pharmacies.
Une revue systématique publiée en août 2026, portant sur neuf essais randomisés auprès d’adultes vivant avec des maladies chroniques et ayant des difficultés de littératie en santé, apporte une nuance essentielle [4]. Les interventions pharmaceutiques amélioraient plus régulièrement la compréhension des médicaments que l’adhésion durable aux traitements. Les effets cliniques étaient variables, et un seul essai rapportait une participation des patients et de leur famille à la conception de l’intervention.
En d’autres mots, une meilleure explication ne garantit pas que le traitement sera suivi : coût, effets indésirables, habitudes et contraintes de vie peuvent aussi intervenir. La communication est une condition importante de la sécurité, mais pas une solution magique.
Figure 2 — Résultats observés chez 50 patients hospitalisés

Padda et coll. (2025-2026). Avant, après et suivi : mesures différentes ; pas d’inférence causale pour les pharmacies québécoises.
Si une personne sait répéter une consigne mais ne peut pas l’appliquer dans sa vie, peut-on considérer que notre accompagnement est terminé ?
Que peuvent faire les pharmacies québécoises, concrètement ?
Une expérience québécoise montre que cette préoccupation peut transformer les pratiques. Au CHUM, une démarche de communication claire a mobilisé les équipes autour des documents d’éducation à la santé. Le projet présenté par l’INSPQ s’appuyait notamment sur les commentaires de 226 patients et rapportait plus de 175 documents accessibles au moment de sa présentation [5]. Il ne s’agit pas d’une mesure directe des effets du teach-back en pharmacie communautaire.
La leçon transférable est une méthode, pas un chiffre : observer les difficultés réelles avant de concevoir une information. Une pharmacie peut commencer par un conseil prioritaire, un langage simple et une question ouverte. Pour un inhalateur ou un autre dispositif, demander une démonstration lorsque pertinent ajoute un contrôle utile [2]. Les étiquettes lisibles, les pictogrammes et les documents clairs peuvent renforcer l’explication orale [6].
Il faut aussi respecter les rôles. Les membres de l’équipe technique peuvent transmettre de l’information générale dans leur champ d’activité ; le conseil pharmaceutique personnalisé relève du jugement du pharmacien [7]. Prévoir un échange confidentiel et, selon la situation, un suivi permet de ne pas réduire l’accompagnement à trente secondes au comptoir.
Plutôt que de mesurer uniquement le nombre de conseils donnés, une équipe pourrait se demander si les patients savent identifier le prochain geste à poser, les signaux à surveiller et la personne à contacter en cas de doute. Ce sont des observations locales à tester avec prudence, pas un indice scientifique déjà validé.
Figure 3 — Un dialogue simple, à adapter à chaque patient

Un conseil professionnel devrait-il se terminer lorsque nous avons fini de parler, ou lorsque la personne sait quoi faire ensuite ?
Une information utile est une information qu’on peut mettre en pratique
La compétence d’un pharmacien ne se résume jamais à bien connaître les médicaments : elle comprend aussi la capacité de transmettre ce savoir avec précision et humanité. Les recherches sur la littératie en santé rappellent qu’une explication exacte peut rester difficile à utiliser, même lorsqu’elle semble avoir été accueillie avec confiance.
La reformulation ne doit pas devenir une récitation ni une source de gêne. Bien utilisée, elle renverse doucement la responsabilité : ce n’est plus « avez-vous bien écouté ? », mais « ai-je expliqué suffisamment clairement ? ». Les documents lisibles, la démonstration, la possibilité de poser une question et le suivi complètent cette relation.
Dans les pharmacies québécoises, cette approche rejoint une idée simple : la sécurité des soins dépend autant de la qualité de l’information que de la possibilité réelle de la comprendre. Un « oui » peut clore une conversation ; une explication vérifiée peut aider à bien commencer un traitement.
Découvrez Emplois en pharmacie — La connaissance prend de la valeur lorsqu’elle circule
L’explication claire d’un médicament n’est pas un détail : elle reflète des compétences acquises, partagées et perfectionnées dans les équipes. C’est pourquoi Emplois en pharmacie s’intéresse autant aux connaissances qu’aux offres d’emploi : une personne peut aimer son poste et vouloir progresser dans sa pratique, former ses collègues ou découvrir de nouvelles approches.
Le réseau permet aussi d’explorer des possibilités professionnelles lorsque le moment s’y prête. Dans l’application mobile Emplois spécialisés, les offres du secteur peuvent, selon le développeur, être consultées et conservées en favoris sans compte. Chacun choisit quand entreprendre une candidature et communiquer les renseignements nécessaires.
Mieux comprendre son métier est déjà une bonne raison de revenir.
- Qu’est-ce que la méthode teach-back ? Une méthode de reformulation : le patient explique avec ses mots la consigne reçue, et le professionnel clarifie au besoin. Ce n’est pas un examen.
- Faut-il demander au patient de répéter toutes les consignes ? Non. Le professionnel adapte l’échange à la situation et aux informations essentielles, sans surcharger la personne.
- Une meilleure compréhension garantit-elle la prise correcte des médicaments ? Non. La compréhension est importante, mais le coût, les effets indésirables, les habitudes et d’autres facteurs interviennent.
- Qui peut donner un conseil personnalisé sur un traitement ? Le jugement et le conseil pharmaceutiques personnalisés relèvent du pharmacien. L’équipe technique peut communiquer des informations générales selon son rôle.
Références et méthode
- Ordre des pharmaciens du Québec — Fournir l’information pertinente
- AHRQ — Use the Teach-Back Method, outil no 5
- Padda et coll. (2025), étude de 50 patients — Journal for Healthcare Quality
- Suppiah et coll. (2026), revue systématique de neuf essais — RSAP
- INSPQ / CHUM — Une approche de précaution universelle en information à la santé
- Ordre des pharmaciens — Dites-le à votre pharmacien !
- Ordre des pharmaciens — Informations générales et conseils personnalisés
- AHRQ — Health Literacy Universal Precautions Toolkit, 3e édition



